Au monastère, je me suis sentie morte

À 62 ans Catherine B. a complètement changé de vie. Elle a quitté le monastère où elle a été réligieuse pendant 40 ans et s’est mis en route vers la liberté. Cet entretien est le témoignage le plus puissant que j’ai jamais entendu. Il parle du courage incroyable d’une femme qui a écouté son coeur et est allée contre les tabous et la rigidité de la religion pour nous montrer que c’est l’amour, la paix et la vie au moment présent qui nous donnent le bonheur.

Catherine, peux-tu me raconter ton histoire?

Après plus de 35 ans au monastère, les dernières années je me disais « je suis morte ». Rien n’avait plus sens et rien ne me faisait vibrer. Je priais et travaillais comme une automate. En mai 2013 je suis allée me reposer dans une communauté. Après un an un moine m’a dit « Tu veux retourner au monastère, mais qu’est-ce que tu ressens? »

Qu’est-ce que tu lui as dit?

C’était la première fois que j’ai pu écouter mes émotions. Un cri d’une immense angoisse a jailli, comme si je retournais en prison. Le moine m’a répondu « Mais Dieu veut que tu sois heureuse. Est-ce vraiment ton chemin? » J’ai pleuré et lui ai dit « Si je ne suis plus religieuse, qui suis-je? » Il m’a dit « C’est une fausse identité, conditionnée, formatée; nous allons t’aider à te reconstruire pour ensuite faire un choix libre. » C’était une épreuve existentielle.

Qu’est-ce que tu as fait?

L’année suivante j’ai suivi des cours chez les jésuites et j’ai vécu dans une autre communauté. La supérieure a essayé de me ‘mettre la main dessus’ mais j’ai résisté avec une force incroyable. Je lui ai dit « Ma liberté n’est pas à vendre. J’ai repris la responsabilité de ma vie  et ne permettrai plus à personne d’y toucher. Si vous refusez, je pars avec mes valises quitte à coucher ce soir sous les ponts… »

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Tu as gagné une force incroyable.

Je suis restée mais j’ai compris qu’il était trop dangereux de remettre ma vie à quelqu’un si je voulais être vraiment libre. J’ai décidé de me faire relever de mes vœux. Depuis deux ans je travaille. J’ai découvert que la vie est un cadeau extraordinaire plein d’amour et de bonheur. Et je suis en train de tomber amoureuse, alors c’est merveilleux.

J’adore les gens heureux et attentionnés.

Oscar Wilde dit que la plupart des gens « existent », mais peu « vivent ». J’ai existé pendant 60 ans, maintenant je vis? JE SUIS. Un jeune m’a demandé si je n’avais pas l’impression d’avoir raté 40 ans de ma vie et j’ai répondu « Oh Non! Je pense que chacun a sa vie pour passer « d’exister » à « vivre » peu importe si le chemin dure 20 où 50 ans, l’essentiel est de le parcourir. »

Catherine, tu as fait une transformation immense.

Oui une vraie métamorphose. J’ai relu mon passé et me suis réconciliée avec lui car c’était mon chemin pour sortir d’un conditionnement ‘en béton armé‘. J’ai été accompagnée par des personnes que j’ai choisies et qui m’ont éclairée et aujourd’hui je suis ouverte à tout et à tous sauf peut-être, pour être honnête, aux personnes fermées sur leurs convictions et leurs certitudes… Là j’ai du mal. Je me tiens à distance et protège ma liberté.

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Qu’est-ce qui t’aidé à avoir le courage de partir?

La VIE! Nous étions en dérive sectaire. Pendant des années j’ai été infantilisée et j’ai vécu des choses faussées au nom de Dieu. Un soir j’ai dit « Oui » comme d’habitude, et le lendemain matin je me réveille: « J’ai dit oui 38 ans; aujourd’hui je dis NON! » Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la nuit, mais je pense que c’est l’Étincelle de Vie: « Si tu ne choisis pas la vie aujourd’hui, tu vas continuer d’exister, mais tu seras morte. »

Qu’as-tu fait alors?

La communauté était en détresse. La 1ère supérieure malade psychiquement nous a isolées du monde (aujourd’hui dans l’évangile je vois que la prière n’a jamais coupé le Christ des autres). Déjà deux supérieures étaient parties violemment et des sœurs avaient fait une tentative de suicide. Finalement une dizaine de sœurs n’est pas restée au monastère. Alors j’ai écris une lettre à la nouvelle supérieure en lui demandant de respecter notre dignité et de nous considérer en adulte et que des personnes compétentes nous aident à reconstruire la communauté (ce qu’elle éludait). Elle a été très embêtée mais m’a finalement autorisée à partir me reposer un mois.

 Je peux te demander pourquoi tu as décidé d’entrer?

Je venais d’une famille de 10 enfants très catholique. Nos parents nous aimaient beaucoup. J’ai toujours pensé me faire religieuse. J’ai fait quatre ans de médecine. Et un jour au cours d’une retraite je me suis soumise à une injonction intérieure morale pour en finir avec une pensée lancinante de culpabilité. Pourquoi fais-tu médecine au lieu de rentrer au couvent? Rôle extrêmement négatif de la culpabilité avec des phrases assassines comme: « On ne fait pas attendre Dieu! Arrête tes études ‘sinon tu vas ‘perdre’ ta vocation » Alors j’ai brisé mon rêve, mes désirs les plus profonds et je me suis livrée à l’emprise de la supérieure malade.

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Comment était ta vie au monastère?

Il y avait de bons moments mais depuis toujours je vois la vie comme un chemin de souffrance vers le bonheur du ciel! Six heures de prières par jour, l’agriculture, l’économat, l’infirmerie. J’ai été maîtresse de choeur. J’ai vécu dans deux monastères en France et un an en Afrique. À la fin j’étais complètement épuisée, plus moralement d’ailleurs que physiquement; cette vie régulière au grand air a été très bénéfique à ma santé.

Ça a dû être très dur de partir. Est-ce qu’il y avait des gens qui t’ont aidée?

Oui. Les vrais amis m’ont fait réfléchir et m’ont dit « Il n’y a que toi qui sais ce qui est bien pour toi. Dieu veut que tu sois heureuse. Il te laisse le choix des moyens et t’accompagne quelques soient tes choix! » Quelle libération. Et surtout pas ceux qui pensaient me donner une solution en disant: Tu dois, il faut.

Il y a des gens qui vont à l’église mais ils semblent manquer d’amour et d’empathie.

Si ta vie est dominée par des règles, tu culpabilises et l’amour tarit. Si Jésus vient aujourd’hui me voir il ne me demande pas si je suis allée à la messe où si je me suis privée de viande en Carême, mais simplement: « M’aimes-tu? » Je pense que la liberté est la condition de l’amour vrai et de la paix. La paix qui rayonne est le plus beau cadeau pour ceux que tu rencontres. Dieu est dans le moment présent et le bonheur est aujourd’hui. Rien ni personne ne peut aujourd’hui me mettre de mauvaise humeur.

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Tu es la première personne que j’entends dire ça. 

Un jour un jeune m’a écrit « Je suis ému par cette beauté d’être. » Cela peut paraître prétentieux de le rapporter mais je sais que ce n’est au fond que l’Amour qui me traverse, comme la lumière en traversant un vitrail le fait rayonner et illumine l’ombre de l’église. Le vitrail n’y est pas pour grand-chose sauf de laisser passer la lumière qui vient d’ailleurs! Quand j’ai quitté le monastère, je n’avais plus rien. Mais plus je suis dans la pauvreté matérielle, plus la Vie s’occupe de moi. J’ai peu d’argent, pas d’adresse fixe, mais j’ai l’essentiel, je suis heureuse.

Merci, Catherine. Je suis ravie d’avoir pu te rencontrer. Je te souhaite de garder ton esprit joyeux et que le rayonnement de ta paix touche ceux que tu rencontres.

Recommendation du livre : L’autre Dieu de Marion Muller Collard

Copyright: Catherine B.

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